15 février 2021

La revue de l’ADAPEI 44 « Papillonnages »  a publié dans son dernier numéro, une interview de Mickaël Pinard, Chef à l’EHPAD Océane (Nantes) et maitre d’apprentissage d’Hugo Brenon, apprenti en 1ère année de cuisine. Propos recueillis par Catherine Desfeux, Conseillère en insertion sociale et professionnelle.

Hugo Brenon, apprenti et Mickaël Pinard

Pourquoi le choix d’un apprenti en situation de handicap ?

C’est d’abord un choix de notre groupe. Mais au-delà de cela, personnellement, j’ai toujours souhaité devenir maitre d’apprentissage. Je n’ai pas de crainte à partir du moment où le jeune a envie. J’ai toujours croisé énormément d’apprentis dans ma vie professionnelle avant d’être tuteur. Pour moi la transmission c’est important. Je suis moi-même passé par I’apprentissage. C’était un choix. Je voulais être à la fois à l’école et surtout au travail. Je n’ai pas oublié.

Quel que soit le type de cuisine et de restaurant, si on fait ce métier, c’est aussi pour offrir quelque chose, faire plaisir  à l’autre, il y a quelque chose  du don. Don de soi, en donnant le meilleur de soi- mime, don de nourriture. Dans le quotidien on s’entraide, on donne le coup de main, tout cela dans le but de teaser une belle assiette.

Aider un jeune a réaliser son projet, c’est un peu pareil. Le plus important, apprenti avec handicap ou pas, c’est I’envie du jeune, sa motivation. Si la motivation est là, on avance forcément dans le même sens. S’occuper d’un apprenti c’est avant tout créer une relation de confiance. Par expérience j’ai appris que ce n’est pas parce qu’un jeune est en situation de handicap qu’il faut être plus laxiste. On est compréhensif mais iI ne faut pas tout laisser passer.

Encadrer un apprenti en situation de handicap cela demande plus de temps, il faut apprendre à le connaitre pour bien interpréter ses réactions.

Comment accueille-t-on un apprenti travailleur handicap dans une équipe ?

Ce qui est difficile c’est d’accueillir un jeune en situation de handicap sans rien savoir sur son handicap. Parfois la famille ne dit rien de peur qu’on n’engage pas son fils ou sa fille. Mais il est nécessaire de jouer franc jeu, de nous expliquer le fonctionnement du jeune, ses besoins. Pour nous Maitre d’apprentissage, nous n’avons pas la légitimité à interroger le jeune sur son handicap. On a peur de le heurter, de le blesser, de dévaloriser. Il est important pour moi et toute l’équipe d’avoir plus d’explications par l’intermédiaire de sa famille ou par service d’accompagnement.

Votre rôle est important car vous êtes neutre, à distance des parents et de l’entreprise. Je sais que vous allez pouvoir reprendre des choses avec l’apprenti et cela n’aura pas le même impact sur le jeune qu’avec moi ou ses parents. Je pense que ce sera mieux perçu par le jeune. Les échanges sont donc facilités. Cela nous rassure aussi sur la conduite à tenir dans certains cas. C’est d’autant plus vrai quand on n’a pas beaucoup d’expérience. J’avais une apprentie au tout début qui m’a dit bien plus tard qu’elle faisait des crises d’épilepsie. Si cela était arrivé pendant le travail, j’aurais eu beaucoup de peurs ne sachant pas comment réagir.

Est-ce que certaines années vous avez souhaité ne plus reprendre d’apprenti ? Quel est le bénéfice à accueillir un jeune apprenti en situation de handicap ?

Chaque situation est différente. Parfois cela se passe mal mais ce n’est pas parce que cela arrive que cela va  se reproduire il faut aussi prendre en  compte le lieu, l’équipe, le chef qui  vit parfois lui-même des tensions. Il y a plein de paramètres à prendre en compte. Un apprenti quel qu’il soit, c’est une personne de plus dans l’équipe qui est là pour l’aider. Avec handicap on est évidemment plus compréhensif, plus patient. Ca prend plus de temps.
Bien que pour certains apprentis, des problématiques différentes nous prennent aussi du temps. On est satisfait quand on les voit avancer. Je leur explique aussi que s’ils ne sont pas motivés, ils prennent la place de quelqu’un d’autre qui cherche un maitre d’apprentissage. Pour Hugo je suis content il progresse lentement mais je vois qu’il suit le même chemin que nous et il est sérieux aussi à l’école. C’est une bonne chose pour Hugo d’être passé par une formation APR (Agent Polyvalent de Restauration) avant la cuisine car la marche aurait été trop haute et il n’aurait pas tenu. Il y a toujours du positif à accueillir quelqu’un de nouveau. Cela fait du bien de voir des personnes différentes.

Nous aussi, on progresse en tant que personne et en tant que tuteur. Par exemple dans notre façon d’expliquer car on peut toujours  s’améliorer.

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