Accompagner un parent vieillissant, un conjoint malade ou un proche en perte d’autonomie est l’une des expériences humaines les plus intenses qui soit, tant physiquement qu’émotionnellement. En France, on estime entre 9 et 11 millions le nombre de proches aidants non professionnels, dont 61 % exercent en parallèle une activité professionnelle [1]. Derrière le dévouement, il y a une vie entière à faire tenir ensemble, et trop souvent, l’aidant s’oublie jusqu’à l’épuisement.
Un rôle immense, encore mal reconnu
La loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015 reconnaît le statut de proche aidant à : « Une personne qui vient en aide de manière régulière, à titre non professionnel, pour accomplir une partie ou la totalité des actes de la vie quotidienne d’une personne âgée en perte d’autonomie …» Ainsi, peut être considéré comme proche aidant de la personne aidée :
Dans les faits, 57 % sont des femmes et 43 % des hommes [1]. 80 % sont des aidants familiaux, les 20 % restants sont des amis, voisins ou proches entretenant des liens étroits et stables avec la personne aidée [2]. Ce que l’on sait moins, c’est que rares sont ceux qui se reconnaissent comme « aidants » et savent qu’il existe des dispositifs les concernant.
L’épuisement, un risque réel et sous-estimé
Le syndrome de l’aidant, qu’est-ce que c’est ?
Parmi les aidants interrogés lors d’une enquête de la Fondation France Répit (2017, auprès de plus de 1 000 aidants), 15 % étaient extrêmement fatigués et 8 % avaient fortement besoin de répit. Le syndrome de l’aidant se manifeste progressivement : fatigue chronique, anxiété, isolement, sentiment de culpabilité, perte de plaisir. L’aidant s’efface derrière son proche, au point de ne plus savoir qui il est en dehors de ce rôle.
Quelques signaux d’alerte à ne pas ignorer :
Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres
Prendre du temps pour soi n’est pas un acte égoïste : c’est une nécessité pour préserver son énergie émotionnelle et physique. Un aidant reposé est plus disponible, plus empathique, plus efficace.
Des gestes concrets peuvent faire la différence :
Les congés des proches aidants : vos droits et démarches
Face à la réalité du terrain, la loi a construit un cadre de droits concret pour les aidants actifs : le congé de proche aidant en est le dispositif central.
À qui s’adresse-t-il ?
Tout salarié du secteur privé ou public, travailleur indépendant ou demandeur d’emploi indemnisé peut en bénéficier pour accompagner un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Cela fonctionne pour un membre de la famille ou de toute personne avec laquelle vous entretenez des liens étroits et stables.
Ce congé peut durer jusqu’à 3 mois, renouvelable dans la limite d’un an sur l’ensemble de la carrière. Il peut être pris de façon continue ou fractionnée par journées ou demi-journées [3]. Depuis 2025, le fractionnement est possible sans délai de prévenance en cas d’urgence (hospitalisation, dégradation soudaine de l’état de santé du proche). Hors urgence, l’employeur doit être prévenu au moins 15 jours à l’avance. À l’issue du congé, vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire avec une rémunération équivalente.
L’indemnisation, l’AJPA
Le congé n’est pas rémunéré par l’employeur, mais ouvre droit sous conditions à l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA), versée par la CAF ou la MSA. Son montant en 2025 est de 65,80 € net par jour (32,90 € pour une demi-journée) [4]. Depuis le 1er janvier 2025, l’AJPA est devenue rechargeable : elle peut être mobilisée pour accompagner durant 66 jours, jusqu’à 4 proches différents au cours de la carrière, soit 264 jours au total[5]. Une avancée importante pour les multi-aidants, qui représentent entre 15 et 20 % des aidants. La demande s’effectue via un formulaire disponible sur le site de la CAF ou de la MSA pour le régime agricole.
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Solutions de répit : penser à souffler pour mieux tenir
Le congé proche aidant n’est pas le seul levier. Des solutions de répit existent afin de permettre aux proches aidants de confier temporairement leur proche à des professionnels, le temps d’une pause nécessaire.
Le court séjour en maison de retraite ou EHPAD est la solution la plus structurée. Il permet d’accueillir un parent âgé durant une période pouvant aller de quelques jours à 90 jours par an (hébergement temporaire), voire jusqu’à 6 mois (séjour à durée déterminée). La personne bénéficie des mêmes soins et services que les résidents permanents. Ce type de séjour peut être mobilisé tout au long de l’absence de l’aidant, après une hospitalisation ou pour découvrir l’établissement avant une éventuelle entrée en long séjour.
Par ailleurs, l’accueil de jour offre une alternative moins contraignante : la personne âgée est prise en charge une à plusieurs fois par semaine dans un établissement adapté, pendant que l’aidant dispose de moments pour lui.
À qui s’adresser ?
Ne restez pas seul face à ces démarches. Votre conseil départemental (service APA), la CAF ou la MSA, les plateformes d’accompagnement et de répit (PAR) de votre département, l’Association Française des Aidants (aidants.fr) et le site service-public.fr sont autant de ressources pour vous orienter et vous soutenir.
Foire aux Questions
Oui, le congé de proche aidant est ouvert à tout salarié sans condition d’ancienneté minimale dans la loi, même si votre convention collective peut prévoir des modalités spécifiques. Pour l’AJPA, il faut en revanche exercer une activité professionnelle ou percevoir des indemnités chômage. En cas de doute, rapprochez-vous de votre service RH ou de la CAF.
Le statut de proche aidant ne se limite pas au maintien à domicile. Si vous apportez régulièrement une aide, soutien moral, accompagnement médical, gestion administrative, vous pouvez toujours être reconnu comme proche aidant. Certaines aides comme le droit au répit via l’APA restent cependant conditionnées au maintien à domicile. La situation mérite d’être examinée au cas par cas avec votre conseil départemental.
Plusieurs aides sont cumulables : l’APA à domicile, le droit au répit (jusqu’à 583,52 € par an en 2026), les aides de votre caisse de retraite complémentaire, et éventuellement l’Aide Sociale à l’Hébergement. Les équipes administratives des établissements peuvent également vous accompagner dans ces démarches.
[1] Le rapport IGAS de décembre 2022
[2] Le rapport IGAS de décembre 2022
[3] Congé de proche aidant, service-public.gouv
[4] Aider plus et plus longtemps grâce à l’allocation du proche aidant, Caf.fr
[5] Nouveau : l’allocation du proche aidant élargie à 1… 2… 3 ou 4 personnes, Caf.fr



