21 septembre 2022

Chaque année, le 21 septembre marque la journée mondiale d’Alzheimer, principale maladie neuro-dégénérative et pour laquelle il n’existe à ce jour pas de traitement curatif. L’occasion de revenir sur les symptômes et l’intérêt d’un diagnostic précoce. Le professeur Marc Verny, neurologue de formation et responsable du service gériatrique à l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière (APHP), nous éclaire.

Quels sont les premiers symptômes qui permettent de déceler la maladie d’Alzheimer ?

Professeur Marc Verny, neurologue et responsable du service gériartrique à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière
Professeur Marc Verny, neurologue, responsable du service gériartrique à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière

La maladie d’Alzheimer est évolutive, et dans un premier temps les lésions cérébrales se constituent, mais il n’y a aucune manifestation clinique. Les manifestations dites légères – difficultés de mémoire sans retentissement sur les activités quotidiennes – interviennent ensuite, avant d’arriver au stade où  les troubles sont plus marqués avec un retentissement très significatif au quotidien. C’est le stade où l’on parle le plus habituellement de la maladie d’Alzheimer.

Les troubles de la mémorisation sont les plus fréquents. Le processus touché va être celui de l’enregistrement de nouvelles informations, la fabrication de nouveaux souvenirs, liés à la mémoire épisodique. On peut aussi avoir des manifestations plus rares au début de la maladie, avec des atteintes du langage, des difficultés pour trouver des mots.

Sur le plan comportemental, on peut constater des manifestations précoces comme l’apathie – la difficulté à prendre des décisions ou initier des actions – ou dans un stade plus avancé, l’apparition de convictions délirantes, un sentiment de persécution. Sans ces signes cliniques, on ne peut pas faire le diagnostic de cette maladie.

Peut-elle être confondue avec d’autres maladies ?

On pense souvent à la maladie d’Alzheimer en première intention au cours de la procédure  diagnostique qui pourra être confirmée au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, par l’apparition d’autres signes qui vont conforter le diagnostic. A l’inverse, certains éléments peuvent orienter vers un diagnostic différentiel comme  la maladie à corps de Lewy ou encore le L.A.T.E, qui ressemble beaucoup à la maladie d’Alzheimer car il s’agit aussi de difficultés de mémorisation qui restent longtemps isolées, avec une évolution plus lente. Plusieurs examens peuvent être proposés pour différencier ces maladies, dont l’IRM cérébrale, des examens de scintigraphies, voire une ponction lombaire.

A partir de quel âge la maladie apparaît-elle et à quel rythme ?

Les cas de maladie d’Alzheimer apparaissant avant 65 ans restent rares. Au début des manifestations cliniques – stade léger ou troubles neurocognitifs légers, la personne se rend bien compte de ses premières difficultés. En général, les patients viennent consulter eux-mêmes à ce moment-là car ils en sont conscients. Cette phase dure en général 10 à 15 ans. Ensuite, survient le stade des troubles neurocognitifs dits majeurs, où les répercussions seront plus importantes au quotidien. Cette phase va le plus souvent débuter à partir de 75 ans.

Comment est-elle prise en charge aujourd’hui sur le plan médical ?

Une question qui revient régulièrement de la part des patients est : « Est-ce qu’il y a des médicaments ? » En l’état actuel des choses, nous n’avons pas de traitement curatif de la maladie, on ne peut pas revenir en arrière ou véritablement freiner la maladie. Les traitements qui existent vont limiter les symptômes, mais ils ne sont pas remboursés – environ 25 euros par mois. Toutefois, il ne faut pas négliger les troubles et difficultés associés à la maladie, comme la dépression par exemple qui est assez fréquente, générant de l’anxiété et source d’inconfort ou encore les maladies chroniques.

A côté, on peut intervenir sur tout ce qui est de l’ordre de la stimulation cognitive en fonction du stade de la maladie : des séances d’orthophoniste, l’intervention d’équipes spécialisées à domicile chaque semaine selon le forfait de la Sécurité sociale pendant 3 mois, ou encore les accueils de jour pour des patients avec des troubles majeurs. Il existe aussi des aides pour la vie de tous les jours.

Outre les soins, comment peut-on soulager la maladie ?

Il existe en réalité très peu d’études contrôlées sur l’évaluation des bénéfices de pratiques de stimulation auprès des personnes atteintes de cette maladie. Parmi les activités et techniques bénéfiques qui ont pu montrer des résultats positifs, on trouve l’art-thérapie, la musicothérapie, la zoothérapie… Il est donc recommandé de s’occuper du patient en lui proposant des activités auxquelles il adhère et à le faire avec bienveillance.

Face à un proche qui perd la mémoire, quels autres conseils donneriez-vous ?

Un premier conseil assez simple : stimuler la personne. C’est démontré, l’activité physique – pas forcément du sport, ça peut être de la marche – aura des bénéfices sur la capacité de concentration. Toutes les autres activités dites de loisir – cuisine, peinture, jeux de société… vont aussi participer à entretenir une interaction sociale. 

Plus on arrive à diagnostiquer de manière précoce, plus on obtient des résultats par la mise en œuvre des aides, éventuellement des traitements médicamenteux et de la stimulation. Plus la maladie évolue, plus on constate de l’anosognosie : les gens méconnaissent leurs troubles, et considèrent qu’ils n’ont pas de problèmes de mémoire. Cela complexifie la prise en charge. L’anticipation, quand le patient est conscient de ces difficultés, va donc faciliter la prise en charge.

Selon vous, quels sont les défis majeurs face à cette maladie aujourd’hui ? Que peut-on espérer demain sur le plan scientifique ?

Aujourd’hui, il existe un tas d’objectifs majeurs concernant Alzheimer. Des progrès importants ont été fait dans le cadre du diagnostic qui permettent de répondre de façon précise au patient. Désormais, ce que l’on attend tous, ce sont des traitements permettant au minimum de stopper l’évolution de la maladie. La recherche avance mais cela demande du temps. En 20 ans, les choses ont déjà beaucoup avancé et on peut espérer d’ici cinq à dix ans avoir des informations plus fiables sur des traitements par anticorps anti-amyloïde ayant montré des résultats encourageants.

Que représente alors le 21 septembre 2022, journée mondiale d’Alzheimer ?

Pendant au moins 24 heures, la maladie est mise en avant, cela permet d’en parler. C’est fondamental pour les patients et leur famille notamment. L’autre grand intérêt est que ça permet de faire le point sur les avancées scientifiques les plus récentes et les plus importantes.

C’est aussi le moment de faire de la sensibilisation afin de diagnostiquer plus précocement. Il y a encore quelques années, on considérait que 50 % des patients atteints de la maladie d’Alzheimer n’étaient pas diagnostiqués. Or consulter permet aussi de faire tout un tas de diagnostics, même « hors maladie neurodégénérative » – comme les troubles du sommeil, l’épilepsie… ça fait partie des messages indirectement véhiculés à travers cette journée !

 

La prise en charge des résidents atteints de la maladie Alzheimer chez Emera

Chez Emera, les personnes atteintes de maladies liées aux troubles cognitifs sévères, à l’image d’Alzheimer, sont prises en charge dans les unités de vie protégées avec un accompagnement adapté à leurs difficultés qui s’appuie notamment sur les thérapies non médicamenteuses.

Retrouvez plus d’informations sur nos soins dédiés à la maladie d’Alzheimer : https://www.emera.fr/projets-soins/soins-medicaux-senior/soins-alzheimer/

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